ENTRETIEN. Roschdy Zem : « L’Amérique nous a fait rêver, aujourd’hui, elle nous fait peur »
Vous serez vendredi soir sur le tapis rouge de Deauville, qu’est-ce qui vous a motivé à accepter la présidence du jury de cette 52 e édition ?
Ma disponibilité déjà ! J’étais libre à cette date et j’ai donc dit oui sans réfléchir. C’est un festival que je connais, je me souviens y être allé très jeune car je jouais dans un film qui avait reçu le prix Michel d’Ornano. C’était une année où Steven Spielberg était là pour son film Il faut sauver le soldat Ryan et j’avais réussi à le rencontrer ! Ce qui m’intéresse à Deauville, c’est la mise en avant du cinéma indépendant américain. C’est celui qui m’inspire le plus comme acteur ou réalisateur.
Je garde un souvenir très fort du cinéma de mon adolescence, celui du Nouvel Hollywood. Les films de Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, William Friedkin… C’est un style qui a hélas presque disparu, il a été supprimé par les grands studios puis par les plateformes. Il reste quelques résistants comme Sean Baker (Anora). Les films de franchises et de super-héros, ce n’est pas ma tasse de thé. Je trouve dommage que l’un ait grandi au détriment de l’autre. Je me souviens être allé, il y a sept ans, à un festival à New York, l’organisateur m’avait dit : « Je reçois 2 000 films indépendants par an, pour la grande majorité d’entre eux, ils ne seront jamais projetés dans une salle… » La dynamique existe mais le grand public ne la voit pas.
Le cinéma indépendant montre souvent une image noire des États-Unis, loin du rêve américain…
C’est la réalité et j’espère que dans cette sélection, on verra cette nouvelle vie politique américaine, forte, écrasante, autocentrée. Ce pays qui nous a fait tant rêver nous fait peur aujourd’hui. L’Europe n’a jamais autant craint les États-Unis. Les artistes se mobilisent contre cette violence, en musique comme au cinéma. Les films sont souvent le reflet de leur époque…
C’est important pour vous que le cinéma offre aux spectateurs cet autre regard ?
Oui, il doit être le témoin de son temps et permettre au public d’ouvrir son regard et sa réflexion. C’est un cinéma qui nous maintient en éveil, en état d’alerte par rapport à ce que l’on vit ou à ce qui pourrait nous arriver… C’est l’un des rôles primordiaux de la culture. Et je suis assez inquiet des attaques portées par l’extrême droite contre notre modèle culturel français. Il est riche, diversifié. Il permet de grandir, de réfléchir. Si on tue ça, on le remplacera par une propagande crétinisante. J’ai eu la chance de commencer le cinéma dans une époque marquée par l’aide à la création, j’espère que cela va perdurer pour les jeunes générations. Je suis inquiet pour eux. La profession doit se concerter et résister.
Vous avez grandi dans un monde défavorisé, issu de l’immigration, vous avez connu un parcours professionnel hors norme et une vie personnelle marquée par l’acceptation des différences. Êtes-vous inquiet de l’état actuel de la société française ?
D’abord, je me réjouis de l’état d’esprit de notre jeunesse. Je les trouve courageux, souvent pertinents. En revanche, je suis forcément inquiet de voir que la quatrième ou cinquième génération issue de l’immigration souffre encore d’exclusion, de racisme.
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