De Jean-Marie à Marine Le Pen : la métamorphose du Front national (1/3)
De la dédiabolisation à la présidentialisation du RN (1/3). En prenant en 2011 la succession de son père Jean-Marie Le Pen à la tête du Front national, Marine Le Pen se retrouve aux commandes d’un parti englué dans les polémiques antisémites à répétition lancées par son cofondateur. Elle décide alors d’accélérer la dédiabolisation du parti d’extrême droite, tout en portant une ligne plus sociale dans son discours.
Par : Romain BRUNET 16 janvier 2011, une page se tourne au Front national. Jean-Marie Le Pen, cofondateur du parti d’extrême droite en 1972, cède la place à sa fille Marine Le Pen , largement élue présidente du FN face à Bruno Gollnisch, un proche de son père. La dirigeante de 42 ans entend bien mener son parti jusqu’au pouvoir et décide alors d’accélérer et de renforcer la stratégie de dédiabolisation déjà à l’œuvre depuis quelques années.
Car l’image du Front national , en 2011, n’est pas très différente de celle qu’il avait en 2002, lorsque l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac avait provoqué des grandes manifestations dans l’entre-deux-tours.
"C’est un parti qui est largement considéré par l’opinion comme dangereux pour la démocratie et qui pâtit d’un déficit de crédibilité. C’est aussi un parti qui ne va pas très bien en interne car Nicolas Sarkozy lui a infligé un revers électoral retentissant lors de la présidentielle de 2007, en ramenant Jean-Marie Le Pen à 10 % [10,44 % précisément, NDLR]. Donc la conquête du parti par Marine Le Pen se fait notamment sur l’argument de la nécessité de sortir de l’ère Jean-Marie Le Pen qui apparaissait de plus en plus comme une impasse", souligne Jean-Yves Camus, président de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès et spécialiste de l’extrême droite.
Depuis que Jean-Marie Le Pen a confié les clés de son parti à sa fille Marine en 2011, le Front national n'a cessé de gagner en influence dans la vie politique française à mesure qu'il se dédiabolisait. Devenu Rassemblement national, désormais dirigé par Jordan Bardella, le parti d'extrême droite est parvenu en une quinzaine d'années à se hisser au rang de grand favori de l'élection présidentielle de 2027. Retour sur cette évolution en trois épisodes.
Jean-Marie Le Pen a alors déjà été condamné par la justice à de multiples reprises pour ses déclarations, en particulier négationnistes et antisémites. Sa fille veut marquer une rupture. Si elle conserve les fondamentaux programmatiques du Front national comme la préférence nationale, le souverainisme, la sortie de l’euro, l’opposition à l’immigration et un discours identitaire, elle ne veut plus que le FN soit associé à l’antisémitisme.
"La dédiabolisation ne porte que sur l'antisémitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, ce n’était pas l’immigration, ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous.
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