En Afghanistan, l'opposition armée s'organise sans inquiéter les talibans
En Afghanistan, cinq ans après la chute de Kaboul et prise de la capitale par les talibans, le 15 août 2021, des embryons d'opposition armée se mettent en place de façon souvent désorganisée. Mi-juillet, l'un de ces groupes a pourtant réussi à prendre le contrôle d'un district au nord-est du pays pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir des talibans.
Une poignée de combattants, quelques dizaines tout au plus, un armement léger, quelques pick-up ... C’est l’effectif qu’il a fallu au Front Sepah-e Mihan (« Soldats de la patrie ») pour s’emparer du district de Yaftal-e Sofla, dans la province du Badakhchan, à l’est de l’ Afghanistan . Vendredi 17 juillet, les combattants de ce groupe armé, jusque-là inconnu, ont hissé pendant plusieurs heures leur drapeau sur l’enceinte du quartier général du district. De mémoire, pointent les analystes, il s’agit de la première fois que des opposants réussissent une telle percée dans les défenses talibanes depuis leur prise de pouvoir le 15 août 2021.
La presse locale et les sources consultées par RFI rapportent que les rebelles ont profité de la journée du vendredi, chômée en Afghanistan, pour s’infiltrer dans une ville vidée de ses forces de sécurité. Emmené par un certain Abdul Qayyum Malang, un ancien membre des forces spéciales, le groupe est « composé de jeunes de la localité, certains étant des anciens membres de l’armée ou encore des étudiants », observe Fahim Abdullatif, doctorant à Sciences Po Paris et spécialiste de la sociologie de l’État afghan et de son armée.
Les images de l’occupation partielle de la ville n’ont pas tardé à être diffusées sur X par des comptes opposés aux autorités en place. Le visage d’Abdul Qayyum Malang, militaire contraint à l’anonymat en raison de son appartenance aux forces spéciales, est vite apparu sous son meilleur jour : souriant, bardé d’armes ou sur d’anciens champs de bataille.
« Certains groupes tentent parfois de marquer leur présence en hissant un drapeau quelque part et en faisant parler d’eux », a relativisé le chef d’état-major des forces armées, Fasihuddin Fitrat, en visite dans la province du Badakhchan. « Ils n’ont pas les moyens d’affronter ou de résister aux forces de sécurité. Ils ont fait un peu de bruit ici, mais ils ont été rapidement maîtrisés », a-t-il ajouté. L’utilisation de la forme plurielle par le chef d'état-major des forces armées n’est pas un hasard. Comme partout, le pouvoir suscite l’opposition. En l’occurrence, bien que timide, celle en Afghanistan se manifeste par les armes.
À l’origine, Abdul Qayyum Malang évolue au poste de commandant dans les rangs du Front national de résistance (FNR), un groupe armé créé au lendemain de la prise de Kaboul par les talibans , « dans lequel il continue le combat », assure auprès de RFI Ali Nazary, chef du bureau des relations extérieures du mouvement.
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