Droits de douane, accords commerciaux… Les États-Unis menacent-ils la culture francophone du Canada ?
C’est en français que le Premier ministre canadien a prononcé le début de son discours, samedi 22 août 2026, et ce n’est pas un hasard. Mark Carney prenait la parole quelques heures après l’entrée en vigueur de droits de douane américains de 50 %, à la suite de l’échec des négociations commerciales entre les deux pays . Et c’est en français que le dirigeant a asséné : « Nous sommes maîtres chez nous », avant d’annoncer des mesures de rétorsions contre ces tarifs douaniers, dès le 8 septembre.
C’est que les Américains ont tenté de briser un tabou dans le bras de fer commercial qui oppose les deux pays depuis le retour au pouvoir de Donald Trump , en janvier 2025 : remettre en question la protection de la langue française et de la culture canadienne. Une insistance qui a contribué à faire capoter les négociations.
« Nous défendrons toujours la langue française et la culture au Canada », a insisté Mark Carney sur le réseau social X, peu après son discours. Ces piliers de la souveraineté du pays ne souffrent « aucun compromis » et cela, « même si les États-Unis ont essayé jusqu’à la dernière minute de les inclure » . Contrairement aux droits de douane, ils sont et resteront non négociables, a martelé le chef du gouvernement canadien. Mark Carney a dénoncé des « menaces contre la langue française » et la « culture québécoise », portant sur les subventions à la culture francophone, la place des médias en français en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada au nom du respect des deux langues officielles du pays.
Et c’est pour illustrer sa riposte contre Donald Trump et son ambition de faire de son voisin du nord un « 51e État » américain que le Premier ministre canadien a repris le slogan « Maître chez nous » créé par le Premier ministre québécois Jean Lesage lors des élections de 1962. Ce mot d’ordre de la libération du Québec francophone face aux Anglo-Canadiens, à l’époque où il vivait sa Révolution tranquille, période de modernisation de la province sur fond de sentiment national, Mark Carney en a fait samedi le slogan de la libération du Canada face aux États-Unis.
Depuis 1988, au Canada, l’exception culturelle protège les biens et services culturels des règles du libre-échange et du marché. Incluse depuis dans les accords commerciaux avec les États-Unis, jusqu’à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (Aceum) entré en vigueur au 1 er juillet 2020, elle permet des subventions et des lois mettant la création à l’abri de la concurrence étrangère. C’est ce qui permet par exemple au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’imposer des quotas de chansons francophones aux radios.
Mais aux États-Unis, ces mesures font tousser. L’administration Trump, ainsi que nombre de multinationales culturelles comme la Motion Picture Association, jugent déloyale la réglementation canadienne.
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