Derrière la loi intégrale, la guerre des féministes : "Si on s'écarte un peu de LFI, on est vite traité de facho"
Ce mercredi 7 octobre, la comédienne Andréa Bescond se réveille avec un SMS cinglant de l'insoumise Gabrielle Cathala.
Dans son message, la députée reproche à l'influenceuse féministe aux 295 000 abonnés sur Instagram de faire passer sa "haine de LFI" avant le combat pour les femmes.
Voilà plusieurs jours qu'Andréa Bescond se fend de publications très critiques à l'endroit des députés LFI qui, tout en se revendiquant à la pointe du féminisme, s'opposent à la loi dite intégrale sur les violences sexuelles contre les femmes et les enfants, pourtant issue des 140 propositions d’une coalition d’associations féministes, et qui est particulièrement attendue et quasi unanimement souhaitée par l'ensemble de la classe politique depuis l'affaire Lyhanna .
Mais pour les insoumis, comme pour une partie du mouvement féministe, la loi dite intégrale n'apporte pas les réponses adéquates.
Moyens insuffisants, orientation trop répressive, mesures stigmatisantes et trop peu protectrices des femmes étrangères… Les griefs des premiers rejoignent ceux des collectifs qui dénoncent, dans une tribune publiée le 3 octobre sur le site de Mediapart, un féminisme "institutionnel", "blanc", "bourgeois et autoritariste".
"C'est un peu dommage de taper contre son propre camp en laissant entendre qu'il y aurait les bonnes et les mauvaises féministes", déplore une militante qui soutient la coalition en faveur de la loi dite intégrale.
Invités à amender la feuille de route, les collectifs anti-loi ont préféré ne pas donner suite à l'initiative, à l'instar de LFI qui après avoir participé aux premières réunions du groupe de travail, s'est retiré des travaux.
"On l’a demandée jusqu’en 2023, et depuis, on a totalement changé d’angle, puisqu’on a constaté les actions de ce gouvernement qui méprise les victimes, qui mène une politique d’austérité et de définancement des associations", explique à L'Express Yelena, militante à #NousToutes, un collectif féministe fondé en 2018 qui revendique une approche intersectionnelle.
Et puis, "à quoi bon discuter quand on sait qu'on ne sera pas écouté ?", fait de son côté valoir Carmina Cereza de la Cruz, militante à la Strass, signataire des tribunes contre la loi dite intégrale car elle conteste la pénalisation de l’achat d’actes sexuels en ligne.
Campisme Derrière les désaccords de fond apparaît aussi la crainte d’une récupération politique.
Une des militantes de #NousToutes interrogée par L'Express, qui dénonce dans le sillage de députés insoumis le caractère "trop carcéral " du texte, s’interroge sur le calendrier du texte : "Quand ce projet de loi arrive dans les derniers temps du quinquennat, on se demande si ce n’est pas l’opportunité pour lui de se donner un bilan positif sur les questions féministes".
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