"Avides mais généreux" : pourquoi certains patrons riches se comportent encore comme s’ils risquaient de manquer
On peut vivre une enfance où chaque centime compte et finir à la tête d'une multinationale, sans jamais tout à fait se débarrasser du sentiment d’insécurité forgé par le manque.
Howard Schultz , l’ancien patron de Starbucks, en sait quelque chose, lui qui racontait en 2018, lors d’un gala à Washington, combien son enfance modeste dans un logement social à Brooklyn avait façonné son rapport à la vie et aux affaires.
"Mon parcours personnel et l’empreinte qu’a laissée sur moi le fait d’avoir été un enfant pauvre […] m’ont laissé de nombreuses vulnérabilités et, pour être honnête, un sentiment de honte et d’insécurité", confiait le milliardaire, dont l'ambition a été de bâtir une entreprise capable de trouver un équilibre "entre profit et conscience." Mais l’empreinte laissée par le manque durant l'enfance n’a pas besoin d’être consciente pour produire ses effets.
Une étude ( The Resource Insecurity Mindset: Why CEOs from Lower-Class Origins Are Both Greedier and More Generous ) , publiée récemment dans l’ Academy of Management Journal , a ainsi cherché à comprendre comment le fait d’avoir grandi dans un milieu social modeste continue des années plus tard à influencer le comportement d’un dirigeant et son rapport à l’argent et aux autres.
Avec des conséquences qui peuvent affecter toute l'organisation.
Premier enseignement de cette étude menée auprès de 135 PDG d’entreprises américaines cotées, et complétée par des données d’archives couvrant la période 2011-2020 : avoir grandi dans un environnement où l’accès à l’argent et aux ressources était incertain peut façonner un état d'esprit qui persiste même après avoir atteint les sommets.
C’est ce que ses auteurs – Timothy D.
Hubbard (Dublin City University), Lívia Markóczy (université de l’Illinois à Chicago) et Aten Zaandam (université Vanderbilt) – appellent la "mentalité d’insécurité des ressources." Autrement dit, ces PDG-là sont sortis de la précarité matérielle, mais celle-ci n’est jamais complètement sortie de leur logiciel.
Si la classe sociale peut continuer à agir tout en haut de la pyramide, comment ce sentiment d’insécurité se traduit-il sur le plan professionnel ? C’est le deuxième enseignement de l’étude : ces dirigeants sont, en moyenne, à la fois plus "avides" et plus "généreux" que leurs homologues issus de milieux favorisés.
Surprenant, mais pas paradoxal, soulignent les trois chercheurs en management.
"Les comportements tournés vers soi et ceux tournés vers les autres peuvent coexister", et partager la même racine psychologique : l’expérience passée de la rareté.
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