"Les gens sont crevés": après les canicules en série, un défilé de gens fatigués chez les médecins
Éreintés par des fortes chaleurs sans interruption, les Français font appel aux soignants dans l'espoir de retrouver leur énergie perdue dans des semaines sans sommeil de qualité. Cette "dette de canicule" pourrait s'avérer difficile à combler. Depuis deux mois, des Français aux visages creusés et aux esprits embrumés se rendent chaque jour au cabinet du docteur Jérôme Marty au nord de Toulouse (Haute-Garonne). Chez le médecin généraliste du sud-ouest, où les températures stagnent au-dessus des 30°C depuis la fin mai, la patientèle est au bout du rouleau.
"Les gens sont crevés, à n'importe quel âge, des jeunes comme des adultes", décrit à BFM le praticien et président du syndicat UFML. "L'organisme fait un effort permanent, comme des moteurs qui tournent sans s'arrêter et trop vite", raconte-t-il, déplorant chez ses patients une "dette de fatigue" ou "dette de canicule" qui s'accumule.
Combien de personnes sont-elles concernées par ce gros coup de mou? Il est difficile de juger l'ampleur de cette fatigue qui semble diffusée dans toute la population, y compris chez les jeunes.
Les indicateurs de Santé publique France notent bien une hausse importante du recours aux soins , avec une corrélation nette avec la dynamique des températures.
Encore la semaine dernière, c'est un pic à presque 300 passages aux urgences pour un motif lié à la chaleur qui a été enregistré en France malgré des conditions plus favorables qu'à la fin du mois de juin.
Depuis plus de deux mois désormais, l'activité est forte à l'hôpital, en ville et dans le réseau SOS Médecins. "On a une augmentation des téléconsultations pour ce genre de problèmes", confirme la médecin généraliste Maryse Zaleski-Zamenhof, qui travaille pour l'entreprise spécialisée Medadom. En deux mois, les téléconsultations pour des motifs liés à la chaleur - et donc pas uniquement la fatigue - ont été multipliées par six.
Les deux médecins s'accordent sur un constat: les concernés n'ont pas pu se reposer y compris durant leurs vacances en raison des conditions météorologiques. La faute à l'accumulation des nuits tropicales où le thermomètre n'a pas permis de récupérer correctement, faute de baisse suffisante des températures.
Lui note les inégalités sociales, entre les Français qui ont accès à la climatisation et les autres. De son côté, Maryse Zaleski-Zamenhof relève la situation encore plus difficile des personnes souffrant de pathologies chroniques "qui les rendent plus vulnérables" (diabète, problèmes de cœur, de reins, thyroïde, etc.) et des personnes souffrant de troubles neurologiques ou psychiatriques.
Outre la fatigue physique, il faut aussi noter la fatigue psychologique pour les victimes des incendies, pour les personnes directement ou indirectement touchées. Sans oublier l'effet éco-anxieux de ces phénomènes, angoisse qui touche 80% des Français selon un sondage YouGov pour le HuffPost . En bref, la fatigue touche un "public très large". Voire presque tout le monde?
Parfois, ces Français se tournent donc vers leur médecin, inquiets de leur fatigue qui dure. Souvent en émettant l'idée que la cause puisse être autre que la météo.
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