"C'est légèrement plus scientifique que l'astrologie" : peut-on vraiment choisir l'embryon le plus intelligent ?
Naître ou ne pas naître : la question pourrait bientôt dépendre de quelques points de QI et de 50 000 dollars.
Aux États-Unis, plusieurs entreprises proposent aux futurs parents passant par une fécondation in vitro de comparer leurs embryons selon leur intelligence supposée, un service qui se vend au prix fort chez Herasight : la start-up fournit des estimations de QI, de taille ou de longévité ; Nucleus ajoute la couleur des yeux et des cheveux.
Dans le métro new-yorkais, cette dernière résumait récemment son argumentaire en quelques mots : "Le QI est 50 % génétique", puis encore quelques-uns : "Ayez votre meilleur bébé".
Ces entreprises utilisent des scores polygéniques , construits à partir de milliers de variants génétiques statistiquement associés à un trait.
"On additionne de très petits effets pour obtenir un nombre correspondant au risque d’une personne, ou ici, d’un embryon", explique Patrick Turley, spécialiste de la prédiction polygénique à l’University of Southern California.
Le principe paraît presque trop simple.
Plusieurs embryons, plusieurs scores puis un classement : aux parents de choisir.
Une étude citée par The Economist estime qu’en sélectionnant parmi dix embryons viables, celui présentant le meilleur score polygénique pour l’intelligence, le gain attendu tourne autour de trois points de QI.
Avec deux ou trois, situation nettement plus courante après une fécondation in vitro (FIV), le bénéfice attendu chute encore.
Derrière la question à 50 000 dollars s’en cache donc une autre un brin plus incommode : est-ce qu’on sait vraiment reconnaître, parmi plusieurs embryons, celui qui deviendra le plus intelligent ? L’intelligence, à quelques probabilités près Hank Greely, professeur à Stanford et spécialiste des questions de génétique, ne s’encombre pas beaucoup de suspense : "Non." Puis il précise : "Tout est probabilités.
Aujourd’hui, selon les gens les plus favorables à cette technologie, si vous avez dix embryons, vous pourriez peut-être avoir une variation de QI allant de trois à cinq points.
Mais surtout, peut-être pas." Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm, va beaucoup plus loin.
Pour les traits complexes, appliquer au futur enfant des associations observées dans de grandes populations relève selon lui de "l’extrapolation d’extrapolation".
Un score de QI embryonnaire ? "Cela n’a aucune base scientifique sérieuse.
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