Espagne : Maricarmen est morte, poussée dans un trou par des vautours gloutons
“ Maintenant, je ne suis plus moi.” Voilà ce que disait Maricarmen deux jours avant d’être traînée hors de chez elle, comme l’autorisent les lois de ce pays et la rapacité capitaliste. Elle n’avait certainement pas lu ces deux vers de Romance sonámbulo [“Romance somnambule”, poème de García Lorca ]. Elle ne savait sans doute pas que ces vers de Lorca étaient suivis de deux autres : “Mon ami, je veux mourir / Décemment dans mon lit.” Il n’en a pas été ainsi. Elle a été “la boule noire” de l’Espagne. Je dis “la boule noire”, mais je ne pense pas à Lorca. Je pense au billard. À sa boule noire, le numéro 8.
Cette boule reste sur le tapis au début de la partie. Personne ne peut la mettre dans les poches avant la fin. Elle accorde la victoire en temps voulu, avec le dernier coup de maître. En revanche, si elle est envoyée dans un trou avant la fin, par erreur de calcul, la partie se termine sur une défaite.
Des vautours ont voulu mettre Maricarmen dans le trou. Dans n’importe quel trou. Et même, s’il le fallait, le dernier trou : celui de sa fin de partie. Dans le trou final. Le système lui non plus n’en avait rien à faire. Il n’en était pas à son coup d’essai, il était allé jusqu’à pousser au suicide certains des expulsés de notre pays.
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