Jean-Paul II, sa première visite en France vue par L’Express en 1980 : "La foi se mesure-t-elle à l’applaudimètre ?"
Cet article a été publié pour la première fois dans L'Express du 24 mai 1980.
Quand Jean-Paul II , dans son habit de lumière, débarquera à Orly, vendredi 30 mai, le sourire des évêques de France cachera deux soucis.
Les spectateurs viendront-ils nombreux sur le parcours du pape, ou le regarderont-ils à la télévision ? Et quel sera le vrai sens de leurs acclamations ? Après les triomphes de Jean-Paul II un peu partout dans le monde, les Français vont-ils faire aussi bien que les Mexicains, les Irlandais et les Zaïrois ? Un succès franc et massif désarmerait le clan antifrançais du Vatican, qui reproche aux évêques de l'Hexagone de produire plus d'intellectuels critiques que de pasteurs efficaces.
Une statistique flatteuse serait la bienvenue.
Même si l'on ne peut mesurer à l'applaudimètre cette foi relative à des mystères et des convictions qui habitent la pénombre de l'âme.
Un handicap pour les statisticiens : ce pape passe trop bien à la télévision.
Visage fort, plénitude tranquille, présence.
Cette télégénie marque une nouveauté capitale dans les rapports entre l'Eglise catholique et les médias.
Jusqu'à maintenant, le catholicisme était une religion de la Parole.
Héritier du Verbe de Dieu, il privilégiait la relation vocale, de la messe au confessionnal.
Les tenants du Livre s'étaient faits, eux, protestants ; et ceux de l'Image, orthodoxes.
La télévision ? Ni le rural Jean XXIII ni le nerveux Paul VI ne s'y sentaient épanouis.
Avec Jean-Paul II, au contraire, le téléspectateur a l'impression de rencontrer une personne.
Elle vient chez lui.
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