Annonce d'un accord sur le Groenland: «En réalité, les États-Unis avaient déjà le contrôle»
Grâce à un accord qui devrait être signé dans les prochains jours entre Washington, les autorités du Groenland et Copenhague, Donald Trump assure samedi 19 septembre avoir obtenu « un contrôle permanent » sur la sécurité du Groenland. Cela pourrait clôturer le chapitre de tension entre les États-Unis et les Européens, après les velléités du président américain, qui voulait s’emparer de l’île danoise. Mais pour le chercheur en géopolitique Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste du Groenland à l'Université du Québec, Donald Trump vante un accord qui dans les faits ne change rien et a cédé sur toutes ses revendications.
RFI : Donald Trump a-t-il raison d'affirmer qu'il a obtenu « un contrôle permanent » de la sécurité du Groenland ?
Mikaa Blugeon-Mered : Oui, le narratif consiste à dire, et j'utilise les mots de Donald Trump , c'est un accord qui est « un rêve », c'est un accord qui est « historique », c'est un accord qui est « indéfini ». Tous ces éléments-là sont dans une logique, bien sûr, d'amplification stratégique, mais en fait surtout politique à très court terme de la réalité de cet accord.
L'amplification stratégique, elle vient du fait que, ici, Donald Trump essaye de faire croire qu’il a pris le contrôle du Groenland, alors qu'en réalité les États-Unis l'avaient déjà depuis 1941, ensuite avec l'accord de défense de 1951, et ensuite avec les accords d’Igaliku de 2004, et ensuite encore avec le plan commun de 2020. Donc, déjà sous le premier mandat de Donald Trump, entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis, Donald Trump et les États-Unis avaient tout à fait le contrôle stratégique, au sens, cette fois-ci, de la sécurité du Groenland. Il n'y a donc rien qui change sur ce volet-là.
En termes d'accessibilité au terrain, il n'y a rien qui change. En termes de possibles investissements militaires pour démultiplier des bases en coopération avec le Danemark et le Groenland – on le rappelle - encore une fois, rien ne changerait. Tous ces éléments-là sont de l'existant.
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Il y a une volte-face qui a bien eu lieu. C'est-à-dire que, comme pour ce qui s'est passé dans le détroit d'Ormuz ou en Iran , presque aucun des objectifs stratégiques que Donald Trump affichait depuis décembre 2024 concernant le Groenland n'est aujourd'hui consacré par l'accord.
Par exemple, la question de la souveraineté, évidemment : sur l'ensemble du territoire, ou ni même sur les bases militaires américaines, aucun mètre carré de souveraineté n'a été donné aux États-Unis.
Deuxièmement, sur la question de l'accès aux ressources minérales. Là, c'est pareil, les États-Unis revendiquaient un accès exclusif, puis un accès privilégié, puis un accès facilité et finalement rien du tout, ce n’est pas dans l'accord.
Troisième point, la question du positionnement des bases militaires. Très clairement, Donald Trump voulait, ou en tout cas disait vouloir, avoir trois nouvelles bases de l'ordre de grandeur de celles de Pituffik, la seule base aujourd'hui qu'ils ont réellement sur le territoire.
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