La climatisation a-t-elle supprimé l’art de vivre à la méditerranéenne ?
Je me souviens de cet été du milieu des années 1990 où le premier climatiseur fut installé dans mon village, sur l’île d’Ugljan. Je me souviens même de l’homme venu le poser. Originaire de l’arrière-pays dalmate, il débarqua du ferry de midi et demi, en pleine fournaise, au volant d’une camionnette chargée de ferraille rouillée. Pendant deux heures, perché sur une échelle en aluminium, il perça les murs de la maison d’un émigré revenu d’Australie. Le vacarme, à l’heure du déjeuner et, pire encore, après le repas, finit par mettre ma grand-mère dans une colère noire. Car à cette heure-là, une loi cosmique commande à toute créature méditerranéenne digne de ce nom de piquer une sieste.
Ma grand-mère l’ignorait alors, à moins qu’elle ne l’eût pressenti, qu’elle venait de déceler ce qui fut probablement le coup d’État le plus silencieux de l’histoire de la civilisation, et à coup sûr de notre île. Vers deux heures et demie de l’après-midi, tandis qu’un soleil de plomb martelait les toits terrassés par la chaleur, l’installateur, que l’on surnommait depuis “Jure le Polaire”, descendit de son échelle. L’Australien ferma les volets et, derrière les épais murs de pierre, appuya sur le bouton d’une télécommande jaunâtre d’une grande marque japonaise d’électroménager.
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Transports. Eurostar exige des TGV capables de supporter des étés “de type saoudien”
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