REPORTAGE. En pleines vendanges, les vins de Bordeaux à la recherche de nouveaux horizons
Au beau milieu des vignes, des ceps arrachés forment, dans l’attente d’être ramassés, de curieux terrils. À côté, des pieds de vigne se laissent envahir par les ronciers et les herbes folles. Ces friches, aussi tristes qu’inflammables, tranchent avec le paysage environnant de la Gironde, aux lignes superbes, parallèles. Comme un avertissement, sonnant la fin d’une époque où les vins de Bordeaux n’avaient qu’à suivre un destin tout tracé.
La plus vaste région de vins d’appellations au monde a perdu 25 % de sa surface de vignes ces trois dernières années : 30 000 hectares, quasi l’équivalent de l’appellation Champagne. Des arrachages soutenus financièrement par les pouvoirs publics pour rééquilibrer la production , la distillation de crise ne pouvant pas absorber tous les excédents. Malgré cela, le département de la Gironde concentre la moitié des ouvertures de procédures collectives touchant la culture de la vigne en France : 72, rien que pour le premier semestre de l’année, selon le Conseil national des administrateurs et mandataires judiciaires.
Comment les vins de Bordeaux, encore servis sur les meilleures tables du monde, indispensables vecteurs du soft power à la française, en sont-ils arrivés là ?
Tout d’abord, on boit moins que par le passé : entre les années 1960 et 2022, la consommation individuelle moyenne de vin des Français a chuté de plus de 60 %, rapporte FranceAgriMer. « On a mal anticipé, admet Claude Gaudin, président de la fédération des grands vins de Bordeaux. On s’était dit que la baisse de consommation des jeunes serait compensée...
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