Environnement. « C’est un problème de société » : la difficile lutte contre le fléau des cyanobactéries dans l'eau
Des Ardennes à la Gironde, les alertes se multiplient. Au lac de Chemillé, près de Tours, la baignade est interdite depuis ce vendredi. Idem au lac d’Hurongues, dans les monts du Lyonnais, qui devait inaugurer ses nouveaux bassins flottants. Les rivières ne sont pas davantage épargnées, avec plusieurs plages interdites à la baignade le long de l’Aveyron ou de la Dordogne.
Le responsable ? Microscopique, mais envahissant : les cyanobactéries. À la faveur d’un été exceptionnellement chaud, ces micro-organismes présents dans la quasi-totalité des écosystèmes aquatiques ont proliféré. Un phénomène connu sous le nom d’efflorescence, qui passe rarement inaperçu. Les eaux deviennent opaques, prennent l’aspect d’une soupe verdâtre, avec parfois la formation de marbrures ou d’amas gluants en surface. Mais les cyanobactéries peuvent aussi se développer en eau claire. Elles prennent alors la forme de masses gélatineuses.
Le risque sanitaire est réel. Ces cyanobactéries sont connues pour libérer des toxines dangereuses pour l’homme comme l’animal. Mais ces efflorescences perturbent aussi gravement les écosystèmes. Privée de lumière, la flore située en profondeur est la première condamnée. À leur mort, la décomposition des cyanobactéries entraîne ensuite généralement une chute brutale de la concentration en oxygène. Lorsque cela se produit, il n’est pas rare que tous les poissons d’un étang meurent asphyxiés en une nuit.
Le réchauffement climatique n’arrange rien. Il joue directement en faveur des cyanobactéries, qui prolifèrent à des températures (plus de 25 °C) auxquelles la plupart des organismes concurrents voient leur métabolisme ralentir. La stagnation des eaux chaudes a également tendance à libérer le phosphore piégé dans les sédiments, alors que les pluies diluviennes entraînent vers les cours d’eau des quantités importantes de nitrates et phosphates dont raffolent les cyanobactéries. Un véritable cercle vicieux.
Pour lutter contre ces proliférations, plusieurs méthodes ont été mises au point : émissions d’ultrasons, traitements chimiques, dispositifs de filtration… Elles doivent toutefois être utilisées avec précaution, sous peine d’entraîner par exemple une libération massive des toxines contenues dans les cyanobactéries, ou de perturber les écosystèmes.
Pour Benjamin Marie, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des cyanobactéries, certaines de ces « solutions sparadrap » peuvent se justifier pour débarrasser un plan d’eau des cyanobactéries, le temps des vacances. Mais les véritables leviers pour enrayer le phénomène sont à chercher ailleurs. « On constate au niveau mondial une recrudescence des efflorescences. Il y a plusieurs facteurs impliqués. Dans les plans d’eau, il va y avoir le réchauffement, mais aussi l’eutrophisation globale des eaux [apport de nutriments, NDLR]. Pour que les cyanobactéries se développent, il leur faut à manger. La méthode la plus efficace pour lutter contre ces proliférations, c’est de réduire les intrants », explique l’écotoxicologue.
Les chiens sont plutôt exposés aux cyanotoxines benthiques, présents sur les galets au bord des rivières.
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