Cinq ans après, les Taliban sont-ils toujours des parias sur la scène internationale ?
Cinq ans après leur retour au pouvoir en Afghanistan, les Taliban sont parvenus à fissurer une partie de leur isolement diplomatique mais sans obtenir la reconnaissance internationale qu'ils réclamaient.
Par : Grégoire SAUVAGE En août 2021, les images de la chute de Kaboul ont marqué le début d'une nouvelle période d'incertitude pour l' Afghanistan et celui d'un dilemme pour les Occidentaux : faut-il parler avec ces T aliban 2.0 ? Cinq ans plus tard, aucun pays, excepté la Russie , n'a reconnu le régime taliban dont les promesses de modération de leur ligne politique ont fait long feu. Entre la répression des opposants, la persécution des femmes et des filles , ainsi que les inquiétudes sur la présence de groupes jihadistes, la normalisation apparaît comme un horizon lointain.
Cependant, le blocus diplomatique qui pesait sur ce pays au carrefour de l'Asie centrale et du sous-continent indien semble s'être peu à peu desserré sous l'effet de l'activisme de la politique étrangère talibane. Cette année, des envoyés de Chine, du Japon, de Turquie, d' Arabie saoudite ou de Grande-Bretagne et d'autres pays ont été reçus dans la capitale.
"Quelque dix-sept États disposent désormais d’ambassades opérationnelles à Kaboul ; l’Inde a revalorisé sa mission en octobre 2025 ; et Washington, sous une administration qui perçoit l’Afghanistan à travers le prisme de sa proximité avec la Chine, a rouvert ses propres canaux de communication", décrypte le chercheur Romain Poirot-Lellig dans une note publiée en juillet par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
Durement touchés par la baisse drastique des financements internationaux, les Taliban ont rapidement tissé des liens étroits avec leurs voisins d'Asie centrale, pays enclavés qui cherchent à développer des routes commerciales à travers l'Afghanistan pour atteindre des ports en Iran ou au Pakistan.
"Les pays de la région et les États voisins ont une importance particulière, car nos économies et nos intérêts sont étroitement liés", a affirmé Zabihullah Mujahid, un porte parole taliban lors d'une conférence de presse fin juillet.
Les autorités talibanes soutiennent ainsi de grands projets d'infrastructures transfrontaliers pour doper une économie fragilisée . Exemple avec la construction en 2024 d'une voie ferrée entre Mazar-e Charif, grande ville du nord de l’Afghanistan, et Hairatan, à la frontière avec l’Ouzbékistan. Elles ont aussi signé des contrats miniers avec des sociétés kirghize, azérie, et chinoises.
Pour la Chine, l'Afghanistan représente à la fois un enjeu de sécurité et un territoire stratégique pour ses nouvelles routes de la soie . En novembre 2023, Pékin a franchi un cap symbolique en acceptant Bilal Karimi, ancien porte-parole taliban, comme premier ambassadeur de l’Émirat islamique. Un exemple suivi l'année suivante par les Émirats arabes unis. L'Iran, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan accueillent également une présence diplomatique des Taliban sur leur sol.
L'Inde a également renforcé ses relations diplomatiques avec le régime taliban , principalement pour contrarier son rival historique, le Pakistan.
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