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En Martinique et en Guadeloupe, la mer met au jour les cimetières d’esclaves et menace ce patrimoine

RFI ·
En Martinique et en Guadeloupe, la mer met au jour les cimetières d’esclaves et menace ce patrimoine

Sur les plages des Antilles françaises, la montée des eaux et l’érosion causées par le changement climatique font parfois remonter les cimetières d’esclaves. Si cela permet d'enrichir les connaissances sur les personnes esclavisées, ce phénomène menace un patrimoine archéologique et mémoriel sensible.

À Saint-François, en Guadeloupe, les ossements affleurent à la plage des Raisins-Clairs depuis maintenant plusieurs années. Ce lieu apprécié des touristes abrite un cimetière de personnes esclavisées. L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) y a déjà identifié 48 sépultures lors de fouilles préventives menées en 2013 et 2014 et le cimetière pourrait conserver encore des centaines de sépultures allant environ du XVIIe au XIXe siècle.

Mais le cimetière a sans doute été plus vaste qu’à l’heure actuelle à cause de l’avancée de la mer. « Sur des images aérienn es des années 1950, on voit que le cimetière était dans la forêt. Et maintenant, il part à l'eau. On a vraiment un recul très important […]. On a du mal à quantifier la quantité de sépultures perdues », décrit Jérôme Rouquet, archéo-anthropologue à l’Inrap.

Lorsque la mer grignote le littoral, « elle constitue un petit talus qui va venir entamer les sépultures enfouies , détaille Patrice Courtaud, archéo-anthropologue à la retraite et référent scientifique du documentaire Mémoires enfouies . Si l’érosion arrive par l’Est, on va avoir d’abord les pieds qui vont partir à la mer et puis ça va remonter jusqu’au crâne. Ça nous fait perdre le squelette, le matériel et puis toutes les observations liées aux sépultures. »

L’érosion détruit alors des informations précieuses pour la recherche. Mais Thomas Romon, archéologue à l'Inrap, ajoute : « Pour la population locale, ça concerne d’autres aspects, parce que ça concerne en fait la mémoire de ces individus […]. Il y a des enjeux qui sont archéologiques et puis il y a des enjeux qui sont mémoriels. »

Ce sont souvent les cyclones qui ont mis à jour ces cimetières oubliés. Patrice Courtaud a commencé à travailler sur ces sites à la fin des années 1990 après le passage du cyclone Luis qui a révélé des ossements et des sépultures potentielles dans l’Anse Sainte-Marguerite dans la commune du Moule en Guadeloupe. La découverte du cimetière de l’Anse-Bellay en Martinique a eu lieu en 2007 après le cyclone Dean.

Et ce phénomène ne se limite pas aux Antilles françaises. À La Réunion, le cyclone Gamède, en 2007, a dégagé des ossements sur le littoral de Saint-Paul. Les fouilles ont ensuite permis de les relier à un ancien cimetière d’esclaves, lui aussi fragilisé par la houle et les tempêtes.

Cette pression du littoral sur ces sépultures n’est pas nouvelle, mais elle s’accélère. Jérôme Rouquet souligne que dans les Antilles, « cette accélération de l’érosion des côtes conduit à la destruction irrémédiable de tous ces sites ». Elle est liée à la « montée des eaux et puis les tempêtes tropicales qui sont de plus en plus violentes » et font « reculer le trait de côte à une vitesse assez affolante ».

Les données des observatoires côtiers vont dans le même sens ; à savoir une accélération de l’érosion dans ces territoires.

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