Chute de Kaboul le 15 août 2021: une débâcle de l'Occident et un peuple condamné
Cinq ans après le départ chaotique des Américains d'Afghanistan, les talibans règnent toujours en maîtres sur Kaboul. La population, et en particulier les femmes, paient le prix fort du fiasco occidental.
Le 15 août 2021, contre toute attente, les talibans s'emparent de la capitale, Kaboul, après la fuite soudaine du président Ashraf Ghani . Les Américains précipitent également leur départ dans la confusion. C'est la fin de l'opération Freedom's Sentinel et de la mission Resolute Support de l'Otan, décrétée par Joe Biden le 31 août. Présents dans le pays depuis deux décennies, sur ordre du président George W. Bush, les Américains avaient pour mission de pourchasser l’organisation jihadiste al-Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001 et de déloger du pouvoir le régime taliban. La guerre durera vingt ans, soit la plus longue des États-Unis et se soldera par un échec total pour Washington.
Moins d'un an auparavant, en février 2020, Donald Trump et les talibans signent un accord à Doha. Un accord négocié en solo par le locataire de la Maison Blanche qui confirme le retrait de ses troupes pour l'année suivante. Une annonce cruciale, mais vaine, pour sa campagne de réélection de 2020. Le texte stipule, en échange du retrait américain, un engagement des talibans à empêcher le groupe al-Qaïda d'opérer dans les zones qu'ils contrôlent. Il mentionne aussi que des pourparlers entre les talibans et le gouvernement afghan d'alors doivent se mettre en place.
Ce traité de paix a tout d'un pacte permettant à l’armée américaine de se retirer en bonne et due forme. Le principe du retour des talibans au pouvoir est insidieusement acté : le gouvernement afghan est tenu à l'écart des négociations de l'accord et la capacité des troupes régulières à tenir sans l’appui occidental apparaît impossible aux yeux de tous les protagonistes et commentateurs.
Mais Washington est malgré tout pris par surprise par la rapide avancée talibane sur la capitale afghane, trois mille soldats américains se déploient pour sécuriser le retrait de leurs ressortissants encore présents, la majeure partie des Afghans qui travaillent pour Washington depuis deux décennies est abandonnée sur place ; l’ambassade est évacuée par voie aérienne, ce qui ne s’était pas vu depuis la chute de Saïgon au Vietnam en 1975. Des milliers d’Afghans, voulant fuir coûte que coûte, se ruent en vain vers l'aéroport, certains s’accrochent aux ailes des avions et chutent au décollage. Les images de ce tumulte font le tour du monde.
Les plus hauts responsables du Pentagone reconnaissent – peu après – un échec stratégique et un retrait jugé par tous « chaotique ». Nul n’avait anticipé un effondrement si rapide de l’armée et de l’État afghans. Les États-Unis travailleront avec les talibans s’ils « tiennent leurs engagements », affirme cependant le 30 août le secrétaire d’État américain Antony Blinken. « Les talibans veulent la légitimité et le soutien internationaux. Notre message est que la légitimité et le soutien doivent se mériter. »
De son côté, le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, se félicite : « C’est une grande leçon pour d’autres envahisseurs et pour notre future génération .
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