"Une ombre plane sur le BND" : les liaisons secrètes d'August Hanning, l'ex-chef des espions allemands arrêté pour "trahison"
C’était en août 2018, à une époque où August Hanning aimait pontifier dans les médias, auréolé de ses années de maître-espion à la pointe du combat contre Al-Qaida.
"Il convient évidemment d'être extrêmement prudent lorsqu'on partage des informations", dissertait auprès de Bild l’ex-patron du BND, le renseignement extérieur allemand , de 1998 à 2005.
Il se prononçait alors pour la mise à l’index du voisin autrichien, jugé trop peu fiable : "Il est essentiel que toutes les parties aient la certitude que leurs informations sensibles sont en sécurité auprès du service partenaire.
Le secret doit être préservé".
L’ex-haut fonctionnaire parlait en connaisseur : à la même époque et pendant au moins douze ans, de 2010 à juin 2022, il a fait commerce de fuites massives obtenues au plus haut-niveau de son ancien service, y compris des éléments transmis par la CIA ou le MI6 britannique.
Jusqu’à sa chute.
Ce mardi 6 octobre à 8h58, la police l’a escorté hors de son domicile près de Münster, en Westphalie.
Placé en détention provisoire, il est fortement soupçonné d’"espionnage" et de "trahison", indique le parquet fédéral dans un communiqué dévastateur, des imputations dont il se défend.
Failles béantes Un agent secret d’Azerbaïdjan aurait monnayé ses services, selon les premiers éléments de l’enquête, mais plusieurs hauts-cadres du renseignement, déformation professionnelle, peut-être, imaginent déjà une autre puissance tapie dans l’ombre de cet étrange scandale.
"L'idée qu'il ait pu collaborer avec l'Azerbaïdjan n'est guère rassurante, car l'Azerbaïdjan entretient des relations de renseignement avec la Turquie, la Russie et Israël.
Ils auraient pu servir de couverture", raisonne Marc Polymeros, directeur des opérations de la CIA en Europe de 2017 à 2019.
L’affaire dévoile les failles béantes d’un service dont la qualification de "secret" paraît relative.
Car l’autre suspect, Manfred Dankesreiter, était l’inamovible chef de cabinet des présidents du BND, de 2012 à mars 2026.
Il aurait vendu à Hanning près de 2 000 documents, classifiés pour nombre d’entre eux, rédigés notamment en vue des réunions hebdomadaires au cabinet du chancelier.
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