"A partir de Mitterrand, on a laissé filer…" : le regard décapant de l’historien Arnaud Teyssier sur le chaos en France
"Les républiques ne meurent jamais par accident.
Même lorsque leur disparition paraît soudaine, les causes en sont presque toujours anciennes, écrivent Geoffroy Caillet et Pierre Branda en introduction du livre collectif qu'ils publient ce 22 octobre sur La mort des républiques (Perrin/Le Figaro Histoire).
Démocratie athénienne, république romaine, républiques boers, Weimar, Autriche 1934, IVe République...
Dans le sillage de Tite Live et de Raymond Aron, vingt experts racontent l'effondrement de ces régimes.
La Ve République est-elle menacée par le chaos en France et la crise de la dette qui se profile ? L'historien Arnaud Teyssier, spécialiste du gaullisme et de ce régime fondé en 1958 lui consacre le dernier chapitre de l'ouvrage.
A cette occasion, L'Express a demandé à l'auteur de De Gaulle, l'angoisse et la grandeur et de De Gaulle, 1969 (Perrin), fin connaisseur de notre histoire politique, son analyse de la crise française.
Quelles sont nos ressources pour rebondir ? L'Express : Depuis le 17 octobre, on convoque 1958, 1968, voire 1789, 1793 ou la Commune de Paris.
Quelle crise du passé peut éclairer celle d’aujourd’hui ? La comparaison historique était-elle encore pertinente face à une situation qui apparaît inédite par bien des aspects ? Arnaud Teyssier : Si l’on se réfère à l’impuissance du pouvoir, c’est plutôt 1958, mais en moins grave, espérons-le du moins.
En 1958, le retour du général de Gaulle est provoqué par une sorte de mort clinique de la IVe République, incapable de maîtriser le cours de la guerre d’Algérie et d’entraver les risques de putsch et de guerre civile.
En Mai 68, la situation est différente, les institutions sont fortes.
C’est l’ampleur du mouvement social qui s’est greffé sur le mouvement étudiant qui paralyse le pays.
Aujourd’hui, tout se mêle : un mécontentement lycéen et universitaire difficile à cerner, des revendications peu identifiables, une colère sociale plus générale, des émeutes et des saccages purs et simples.
Mais ce qui domine, c’est le sentiment que le système politique est impuissant.
Peut-on parler d’impuissance de l’Etat ? Tout dépend de ce qu’on appelle l’Etat.
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