Vos sentiments ne m’intéressent pas : peut-on arrêter de tout partager ?
Le monde s’arrête dès que quelqu’un exprime un sentiment. L’autre jour, toute une rue s’est figée sous mes yeux. Un homme et une femme s’étaient tombés dans les bras. Leur ferveur n’avait rien de vulgaire ni de sensuel, c’était plutôt l’étreinte d’une amitié de longue date. Ils s’enlaçaient comme on le fait dans les grands adieux, un concentré de décennies d’amour. Déconcertés, les passants s’arrêtaient craignant que tout cela ne finisse mal, voire ne se finisse pas du tout. Car les embrassades s’éternisaient au milieu de la chaussée. Enlaçons-nous et que les autres se débrouillent, semblaient-ils se dire. Et les gens restaient dans l’expectative, comme si on braquait une banque. Certains terroristes passent inaperçus avant de se livrer au carnage. C’était un mardi, après le déjeuner. Le détail a son importance car nous en sommes arrivés à un point où les gens se mettent à déballer leurs émotions le mardi après-midi.
On se jette dans les bras à la moindre occasion, après avoir vérifié qu’il y a bien des témoins. Les amis, les amoureux, les proches… Tout le monde s’embrasse. Une épidémie d’émotions. Et ils le font avec moult effusions grandiloquentes et dramatiques, en veillant à ce qu’on remarque qu’ils ne le faisaient pas juste avant. Les gens se portent plus d’amour que vous n
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Article réservé aux abonnés La pilule philosophique. L’art discret de vivre sans amis
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