Le long calvaire du vraquier «Banglar Joyjatra» au cœur du conflit dans le golfe Persique
Fin janvier 2026, le Banglar Joyjatra , un vraquier de la compagnie maritime publique du Bangladesh (Bangladesh Shipping Corporation), affrété par une société basée à Singapour, s’apprête à franchir le détroit d’Ormuz afin d’effectuer sa rotation commerciale dans le golfe Persique, avant de reprendre sa traversée vers l’Afrique du Sud. Le capitaine et son équipage ignorent qu’ils s’embarquent pour 115 jours de marasme.
Samedi 31 janvier. L’ Iran annonce des exercices navals à tir réel, visant à simuler un verrouillage complet du détroit. Depuis la passerelle, le capitaine Mohammad Shafiqul Islam constate que de nombreux navires sont immobilisés au mouillage : le trafic est totalement à l’arrêt. Après deux jours de manœuvres iraniennes, le vraquier franchit le détroit d’Ormuz. Le capitaine Islam et ses 31 membres d’équipage ne se doutent pas que ce passage marquera le début d’un calvaire interminable de près de quatre mois.
La rotation du vraquier, qui consiste à charger et à décharger des marchandises – notamment de l’acier – dans plusieurs ports successifs au Qatar (port de Mesaieed, grand pôle industriel et maritime au sud de Doha) et aux Émirats arabes unis , dure 24 jours, jusqu’au 26 février lorsque le Banglar Joyjatra arrive en rade du port émirien de Jebel Ali. Jebel Ali est le principal hub logistique de la région et l’un des plus grands ports à conteneurs de la planète.
« Jusque-là, tout allait bien », confie à RFI le capitaine Islam, âgé de 51 ans. Son navire est en attente à quai afin de débuter ses opérations de manutention. « Dans la nuit du 28 février au 1er mars, j’ai entendu une énorme explosion. Je suis sorti en pyjama et j’ai vu une immense flamme, si grande qu’il a fallu 24 heures à six remorqueurs pour éteindre l’incendie. »
Un dépôt pétrolier situé à environ 200 mètres de leur navire venait d’être frappé par un missile iranien. Quelques heures plus tôt, les frappes israélo-américaines contre l’Iran avaient commencé.
« La panique s’est emparée de l’équipage, poursuit le capitaine . Certains voulaient quitter le navire pour se réfugier dans un hôtel. Au moment de la déflagration, la zone portuaire comptait environ 200 navires. En quelques jours le port a été déserté. Il n’y avait plus un chat ! »
Le Banglar Joyjatra reçoit également l’ordre de larguer les amarres, mais le capitaine refuse. « J’ai désobéi, car en cas de guerre, si je quitte la zone portuaire et suis touché par un missile, personne ne viendra me secourir. Par la suite ma compagnie et mon gouvernement m’ont autorisé à quitter le navire, mais j’ai choisi de rester à bord. Je leur ai répondu que j’étais responsable du navire d’une valeur de 40 millions de dollars, sans compter la cargaison de plus de 39 000 tonnes de bobines d’acier que nous avons chargée au Qatar, et dont la valeur est estimée à 8,2 millions de dollars. »
Quelques jours plus tard, profitant d’une accalmie, le vraquier décharge sa cargaison. S’ensuivent 11 jours d’angoisse, de peur de la mort, des journées rythmées – surtout la nuit – par les frappes de missiles iraniens et les interceptions de la défense antiaérienne émirienne.
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