"Le réchauffement climatique affecte déjà la santé des générations futures" : le cri d'alerte d'une épidémiologiste
Les données provisoires des décès liés aux canicules à répétition de l'été commencent à arriver, et elles sont affolantes.
Déjà au moins 7 300 morts en France, sans compter la vague de chaleur d'août, 4 500 en Espagne, 14 000 en Allemagne...
Les risques du réchauffement climatique pour la santé se matérialisent et il faut se rendre à l'évidence : ils ne se limitent pas à l'installation sous nos latitudes du moustique tigre et des maladies qu'il peut potentiellement transmettre (dengue, chikungunya...).
Non seulement la hausse des températures nous épuise et parfois nous tue, mais ses conséquences pourraient aller encore bien au-delà, jusqu'à affecter les générations futures.
Des indices toujours plus nombreux laissent en effet penser que les fœtus exposés à ces fortes chaleurs pendant la grossesse de leur mère pourraient voir leur santé durablement affectée, potentiellement jusqu'à l'âge adulte.
Epidémiologiste et spécialiste de l'étude de l'impact des expositions environnementales sur les femmes enceintes et sur leurs enfants à naître, Johanna Lepeule, directrice de recherche à l'Inserm, détaille pour L'Express les données qui inquiètent les scientifiques.
Entretien.
L'Express : Le réchauffement climatique actuel a-t-il déjà un effet sur la santé des générations futures ? Johanna Lepeule : Tout à fait.
Le réchauffement implique différentes conséquences : vagues de chaleur, transformations de la végétation, sécheresses, feux de forêt , augmentation de certains polluants atmosphériques, et notamment l’ozone (qui se forme sous l’effet de la chaleur) et les particules fines, lors des incendies...
La plupart ont, d’une façon ou d’une autre, des effets sur les femmes enceintes et sur leur fœtus, et donc, effectivement, sur les générations futures.
Du fait des expositions actuelles, ces enfants démarrent leur existence avec un capital de départ qui ne sera pas complètement optimal.
Que sait-on exactement des conséquences de ces différentes expositions sur les fœtus ? Les plus étudiées concernent la chaleur et les polluants.
L’état des connaissances actuelles permet d’affirmer qu’une chaleur excessive en fin de grossesse expose à un risque de naissance prématurée.
Avec mon équipe, nous avons aussi travaillé sur le poids de naissance à partir de données provenant de quatre grandes cohortes mères-enfants françaises, en prenant en compte également les effets de la pollution atmosphérique, de la végétation et du niveau de vie des femmes incluses.
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