Restitutions d’objets d’art pillés : “Que l’on rende enfin sa mémoire à l’Afrique”
Un matin de 1916, sur les rives de la lagune Ébrié en Côte d’Ivoire, le Djidji Ayôkwè [“panthère-lion”], l’imposant tambour parleur du peuple Atchan [ou Ébriés, peuple de Côte d’Ivoire] s’est tu. Trois mètres et 31 centimètres de bois sculpté, 430 kilos de voix ont été arrachés à ce peuple. Pendant des générations, il avait porté la parole de village en village. Quand la colonisation est venue, il a battu le rappel de la résistance. C’est précisément cela qu’on lui a fait payer. Le colon l’a arraché à son peuple, comme pour priver de voix la résistance.
Le tambour a traversé la mer, puis est resté couché cent dix ans durant dans les réserves du musée du quai Branly [à Paris], au milieu de milliers d’autres objets devenus muets, loin de ceux qui savaient les écouter.
Révolté par la situation de ces trésors arrachés aux Africains, l’écrivain et journaliste béninois Paulin Joachim avait poussé, en janvier 1965 dans la revue panafricaine Bingo, son cri resté célèbre : “Rendez-nous l’art nègre !”
On a parfois voulu n’y lire qu’une revendication d’inventaire, une affaire de caisses et de vitrines. Pourtant, c’était une supplique bien plus profonde. Ce que le journaliste demandait qu’on rende à l’Afrique, c’était sa mémoire.
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