"La situation m'a dépassée" : quand des policiers vendent sur Snapchat des fichiers sensibles au grand banditisme
Pas de rendez-vous tardifs organisés dans un café inconnu, pas d’échanges d’espèces, et encore moins de contacts physiques avec un quelconque intermédiaire.
Pour Nina*, tout s’est fait en ligne, derrière le confort anonyme de son écran de téléphone.
En poste dans un service d’enquête du sud de la France, la policière est rattrapée il y a quelques mois par de grosses difficultés financières.
Désemparée, sans aucune économie de côté, elle pense alors à monnayer les centaines d'informations qu'elle peut aisément consulter sur son appareil NEO, qui lui donne notamment accès au fichier des personnes recherchées (FRP), à celui du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), ou encore à celui des immatriculations de véhicules (SIV).
Dans les services de police, le phénomène est connu.
"J'avais déjà entendu des histoires de collègues qui regardaient ces fiches pour des proches ou pour dépanner, ou qui en vendaient sur les réseaux sociaux", raconte la fonctionnaire à L'Express sous couvert d'anonymat - son dossier est toujours en cours d'instruction.
En traînant sur le réseau social Snapchat, il n'est d'ailleurs pas rare qu'elle tombe sur de "petites annonces" publiques, sollicitant sous pseudonyme les forces de l’ordre pour obtenir des copies de ces fichiers.
La policière assure n’avoir jamais vraiment accordé de crédit à ces publications, souvent "douteuses et très cash".
Jusqu’à ce qu’elle tombe sur un utilisateur disant avoir besoin de renseignements concernant des véhicules, pour son agence spécialisée dans les démarches administratives pour cartes grises.
Pour chaque fiche consultée, il propose de la rétribuer via une plateforme de paiement en ligne.
"J'en regardais tous les jours pour le travail.
Je me suis dit que ça se noierait dans la masse, que c'était pas un truc de fou.
Qu’il n’y avait rien de mafieux ou vraiment dangereux là-dedans", justifie la policière.
Sur Snapchat, puis sur WhatsApp, les demandes s’enchaînent : sursollicitée, motivée par la promesse d’argent facile et le sentiment d’être indétectable, Nina admet avoir consulté jusqu’à "une trentaine de fiches par jour", rémunérées "entre 10 et 150 euros chacune".
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