Subventionner une Porsche avec l’argent du contribuable : la folle faille du bonus écologique allemand
Où est passée la mythique rigueur allemande ? Le gouvernement allemand a relancé, au 1 er janvier 2026, une nouvelle prime à l’achat pour soutenir le marché de l’électrique. Affichée comme une mesure sociale pour les ménages modestes, elle distribue entre 3 000 € et 6 000 € d’aide publique pour une voiture électrique, et de 1 500 € à 3 000 € pour des modèles PHEV. Plus de 26 875 véhicules, dont 24 794 électriques, en ont déjà bénéficié selon les données officielles publiées au 1 er août 2026.
Il y a néanmoins des trous dans la raquette du dispositif et des petits malins en ont profité pour obtenir des subventions sur des véhicules dépassant les 100 000 euros. Selon le média allemand Handelsblatt , certains partis politiques aimeraient faire évoluer le texte pour refermer ces failles et recentrer l’aide sur des véhicules produits localement, mais le ministère fédéral de l’Environnement craint que cela fasse trop de bureaucratie pour quelques cas à la marge.
Comparé au dispositif allemand, le système français de bonus (renommé coup de pouce CEE) est un parcours du combattant. Il faut que la voiture coûte moins de 47 000 €, pèse moins de 2,4 tonnes, obtienne un bon score environnemental sur sa fabrication et soit conservée pendant au moins trois ans par le propriétaire. Au final, l’aide française se concentre essentiellement sur des voitures électriques européennes aux tarifs modérés, ce qui était l’objectif du gouvernement.
L’Allemagne, de son côté, a souhaité faire au plus simple . Le montant de l’aide varie selon les revenus et la composition du ménage, ainsi que la motorisation choisie. Le dispositif est réservé aux ménages dont le revenu annuel imposable ne dépasse normalement pas 80 000 euros (rappelons que les rémunérations sont globalement plus élevées outre-Rhin). Pour le reste, il n’y a pas de critères pour orienter le choix du véhicule. Cela profite d’ailleurs aux constructeurs chinois, qui réalisent une belle percée sur le marché allemand.
Malgré tout, une question a rapidement été soulevée avec la publication des données officielles : comment certains bénéficiaires ont pu obtenir des aides d’État sur des véhicules à plus de 150 000 euros ?
Contrairement aux anciens programmes allemands ou au système français, le gouvernement n’a fixé aucune limite sur le tarif catalogue de la voiture. De plus, la réglementation ne stipule pas que l’acheteur (ou le locataire) et le titulaire de la carte grise soient obligatoirement la même personne. En France, le même type de montage avait déjà fait polémique dans le cadre du leasing social, même s’il n’est théoriquement pas possible. En Allemagne, cette faille a permis à certains bénéficiaires de décrocher une subvention pour des véhicules de luxe.
Sur les forums automobiles allemands, l’astuce s’est répandue comme une traînée de poudre. Il suffit d’acheter ou de louer un SUV de luxe, puis d’immatriculer le véhicule au nom d’un proche disposant de faibles revenus (un étudiant, un parent retraité) pour passer sous le plafond de ressources et empocher le chèque de l’État.
Ces immatriculations restent marginales : une cinquantaine de véhicules parmi les plus de 26 000.
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