Cinéma : "Paradise", comme s’il fallait des esclaves pour réparer l’esclavage
Kojo a 6 ans, il circule entre les voitures en vendant du poisson pêché par son père, un grand plateau sur la tête.
La misère et la survie.
Il se fait surtout de l’argent en allant acclamer le chef mafieux du coin qui jette les billets de banque depuis sa décapotable, haranguant la liesse soumise et enthousiaste.
Kojo attrape quelques biftons qui viennent avantageusement gonfler le butin qu’il rapporte à son père, en train de réparer son filet de pêche.
Il est fier, le père, et Kojo est heureux.
Après trois acrobaties, il repart pour de nouvelles aventures.
Kojo (Daniel Atsu Hukporti) a 16 ans, son père est mort en mer.
Kojo est devenu pêcheur, hissant le filet comme on danse : en chantant, en chœur, scène primitive d’une beauté qui donne envie d’être poisson.
Au retour de la pêche, Kojo sort son livre du sac en plastique : il n’est pas comme les autres, il lit.
Le gros problème de la littérature, en Afrique, c’est l’humidité.
D’un certain côté, c’est ce qui la rend précieuse, sacrée.
Sinon, il y a la télé, un poste pour vingt, les enfants assis par terre, les ados debout, les vieux sur un fauteuil de camping, tous devant un mélo hollywoodien à verser sa grosse larme.
L’Amérique à portée d’écran plat.
Kojo fait l’inévitable mauvaise rencontre, celle du caïd distributeur de billets.
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